J'ai autant peur d'écrire cet article que j'en ai envie et besoin. Parce que quand tu frôles ta propre fin, se relever est difficile, surtout quand personne ne t'a vue chuter. Parce que même proche de la fin, je me suis efforcée de donner le change. Certains diront que je suis forte. Je suis surtout trop fière pour dire "Je n'y arrive plus" et le dire au seul qui partage ma vie n'était pas une option. Il était déjà l'unique raison de me battre.
Alors voilà, 2025. Je ne suis pas morte. Ni par capitulation de mon corps, ni par choix. Et, après des années, je crois avoir fait le deuil de celle que j'étais. De l'innocence d'une personne qui n'a pas vu son avenir compromis. Des envies, ambitions de celle qui pense avoir le temps. L'énergie. Je connais trop bien les limites de ce nouveau moi. Physique et mental. J'essaie de cohabiter avec cette sensibilité exacerbée, moi qui n'en avais aucune. J'essaie de reprendre des projets, des envies d'avant, de les adapter à ce que je suis maintenant.
Je ne suis plus en colère. Je sais juste qui aurait pleuré et qui aurait craché sur mon cadavre. Et je ne l'oublierai jamais. Vous me saviez malade. Et vous avez été incapables de ranger votre ego, vous réglerez ça avec votre propre conscience le temps venu.
Écrire ces lignes, c'est aussi admettre un énorme tas de faiblesses que je cache depuis des années. Et c'est inconfortable, mais libérateur. Apprendre à faire ce qui me fait du bien. Peu importe l'avis des autres. Écrire m’a toujours sauvée, c'est mon allié depuis l'enfance. J'ai aussi mis mon ego de côté et repris contact avec les personnes importantes, vous savez, ces petits conflits qu'on laisse pourrir par bêtise. D'autres étaient impardonnables pour la moi d'avant en tout cas, mais aujourd'hui j'ai compris qu'on pouvait pardonner sans oublier. Et ça apporte la paix, tout en se protégeant, en gardant ses distances. Le relationnel est délicat, mais sur ça, je lâche prise. Autant que possible.
En cinq ans de COVID long, j'ai eu deux ans de déni, minimisation de mon propre corps, de mes douleurs. Et puis tu réalises, avec violence, que c'est fini. La troisième et quatrième année, c'était très sombre. Je me souviens des phrases que j'avais en tête en soufflant les bougies de mon 30ᵉ anniversaire. Terrible contraste entre ma réalité intérieure et les chants et sourires de mes proches. C'est malsain de cacher autant ses démons derrière un sourire. J'essaie de changer ça aussi. Et enfin, cette cinquième année. Celle de l'acceptation. Du début de ma reconstruction. Tout n'est pas encore parfait, réparé, mais j'y travaille. J'ai même arrêté la cigarette, ça peut paraître anecdotique, mais il n'en est rien. J'avais gardé cette habitude comme une béquille émotionnelle, que je savais néfaste, mais comme je me savais foutue, ça n'avait pas d'importance. Idiote. Et au mois d'août, sans prévenir, j'ai acheté mon dernier tabac et écrasé avec dégoût ma dernière cigarette. Parce que j'ai eu envie de prendre soin de ma santé, en dépit de ce qui n'est plus réparable.
Le brouillard se dissipe et là-bas au loin ?
Des perspectives d'avenir.


















